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Le couple est-il l’ennemi du désir sexuel ?

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Le désir sexuel, on en parle fréquemment, enfin surtout quand il s'absente. C'est d'ailleurs, selon Sébastien Landry, sexologue et auteur de "Le désir sexuel" (éd. In Press), le motif numéro un des consultations, tout sexe confondu. Autant dire que ce fameux désir sexuel nous donne du fil à retordre, et qu'en cas d'inhibition, il nous inquiète. Pourquoi ? Parce qu'aujourd'hui, il nous faut à tout prix réussir notre couple et que cette réussite passe par une bonne et grosse activité sexuelle. En d'autres termes et sous un angle différent, on se dit que si le désir dégringole, et bien le couple aussi.

Pourtant, on se trompe, du moins en partie. Car le désir et le couple, s'ils s'entendent bien et aiment fonctionner de pair, ne sont pas indispensables l'un à l'autre. On peut être en relation et ne plus désirer (ça, on l'a compris) et désirer sans être en relation. Et cette phrase, justement, nous en apprend beaucoup sur l'expression du désir au sein du schéma amoureux. Alors faisons le point sur toutes ces notions, sur les rapports qu'entretiennent couple et désir, afin de mieux comprendre ce qu'il se joue dans nos lits, dans nos corps et surtout dans nos têtes.

Le désir préfère la nouveauté à la sécurité

Mathilde, 36 ans, est en couple depuis douze ans. Elle et son partenaire ne font plus "tellement" l'amour : "S'il fallait chiffrer, je dirais que nous partageons un rapport sexuel par mois, et encore", confie la jeune femme, qui prétend que la longévité de la relation y est pour quelque chose. Elle n'a pas tout à fait tort : "En début de relation, la découverte et la nouveauté nourrissent l'excitation, et puisque le temps passe, que la découverte et la nouveauté s'éloignent (on se connait maintenant), l'excitation n'a plus rien à se mettre sous la dent", développe le sexologue. Mais est-ce une fatalité ? Doit-on forcément, un jour, se faire à l'idée que le temps détruit le désir et que la configuration couple achève l'excitation ? Ce serait franchement dommage de devoir se priver de l'un ou de l'autre. Pourtant, c'est comme ça que Sophia, 37 ans, voit les choses : "Je sais que mon couple est acquis, et que cet acquis va à l'encontre de mon désir, comme si le sexe permettait à la relation de naître, mais qu'une fois la relation en place, le sexe n'avait plus aucun rôle à jouer", nous dit-elle.

Cette distinction entre couple et désir, entre acquis et sexualité active, est à l'origine de nos multiples interrogations. Elle est également abordée par la psychothérapeute Esther Perel. Dans une vidéo TED*, elle pose une question simple : comment désirer ce que l'on a déjà ? "Je pense qu'au cœur de ce qui fait durer le désir dans une relation stable se trouve dans la conciliation de deux besoins fondamentaux : notre besoin de sécurité, de prévisibilité, et notre besoin d'aventure, de risque, de surprise", exprime-t-elle sur scène. On est donc tenté de penser que le couple est incompatible avec le désir, qu'on ne peut pas d'un côté profiter d'un cocon amoureux (le couple) et de l'autre faire place à l'imprévu (dont le désir sexuel se nourrit). Voilà pourquoi on se retrouve, au bout de plusieurs années, à penser qu'il faut choisir entre "désir et couple". Alors soyons claires : personne ne nous demande de choisir, d'abord parce que le lien amoureux forme (aussi) le couple, et que le couple peut vivre sans désir et sans sexualité. Mais si nous ne sommes pas obligées de choisir, c'est aussi parce que nous pouvons relier ces deux notions et que rien n'est perdu.

L'admiration et l'imagination : les deux clés d'un désir capable de cohabiter avec le couple

Face à un désir sexuel en berne, le sexologue Sébastien Landry se veut rassurant : "Le désir sexuel ne s'estompe pas forcément dans le temps, mais il change". Vu comme ça, ça va déjà mieux. Mais il change comment ? Il change pour aller où ? L'expert précise que "l'admiration peut remplacer la nouveauté". C'est quand nous admirons notre partenaire que le désir trouve prise, parce que l'admiration continue de susciter chez nous un semblant de nouveauté, justement, mais surtout d'inaccessibilité, ce qui rejoint les propos d'Esthel Perel.

Mais cette nouveauté qui nous est chère ne se joue pas seulement dans le sentiment d'admiration. Autant dire que celle qui n'admire pas son partenaire, ou pas suffisamment, pourrait vite se retrouver coincée face à un désir impossible à déverrouiller. La nouveauté se loge aussi dans l'imagination. S'agit-il d'imaginer que notre relation est toute neuve, non acquise, pleines de surprises au prochain coin de canapé ? On peut, mais ce n'est pas forcément simple. Toujours étant qu'il y a de ça : "Si, par exemple, on ressent du désir pour un inconnu, une personne que l'on croise dans la rue, c'est parce que nous imaginons de la nouveauté", souligne le sexologue. En même temps, c'est bien vrai, on ne peut qu'imaginer. Anaïs, 33 ans, le remarque : "Je ressens du désir pour un collègue mais plus pour mon mari. Ça me réconforte parce que ça veut dire que j'ai toujours envie de faire l'amour, mais bon, on dirait que je n'ai pas envie de faire l'amour avec la bonne personne", confie-t-elle.

Et si, pour avoir envie de faire l'amour avec "la bonne personne", il fallait alors stimuler son imaginaire et voir son partenaire comme un inconnu ? Pour cela, la piste serait de ne plus le « figer » dans un état, de ne plus nous répéter que "ce soir, il va rentrer à dix-huit heures et allumer la télé". Il va peut-être rentrer à dix-huit heures et allumer la télé, mais tant que l'on en sera certaine, nous agirons selon cette certitude, nous bloquerons notre partenaire dans cette projection. Lui, ainsi, n'osera pas bouger d'un millimètre (même pas changer de chaîne). Accorder à l'autre le droit d'être "autrement", c'est l'encourager – non verbalement – à être autrement. Et donc nouveau.

Revoir sa notion du désir

Et s'il nous suffisait de redéfinir le désir pour que le désir et le couple fasse bon ménage ? Et si poser un regard différent sur le désir nous permettait, franchement, de ne plus voir l'absence de désir comme un drame ? Si, d'abord, nous arrêtions de croire que le désir est indispensable à la santé du couple, nous relâcherions la pression puisque nous abandonnerions une croyance lourde à porter.

Mais nous pouvons aussi, pour aller plus loin, relier désir amoureux et désir sexuel, comprendre que l'amour, quand il s'installe, n'empêche pas le désir, et que le désir, quand il est là ou n'est pas là, n'oriente pas nos sentiments. Pour cela, recréons un désir plus "large", un désir qui ne reflète pas seulement une envie de faire l'amour mais plutôt un désir d'être avec l'autre, de partager de la tendresse. C'est ce que Danaé, 40 ans, s'efforce de penser : "Je me dis que l'amour est une forme de désir, que si j'aime mon partenaire, je le désire encore, malgré mon désir sexuel en petite forme", dévoile-t-elle. Faudrait-il jouer sur les mots ? Pas nécessairement. Il faudrait, disons, sortir de la sexualité telle qu'on la perçoit : "On pense qu'il y a un bon moment pour faire l'amour, mais aussi des lieux parfaits, des pratiques idéales. Ce sont des freins. Or, pour moins freiner, revenons à la base de la sexualité, la sexualité comme un plaisir d'être ensemble", conseille le sexologue.

Voilà, voyons le désir comme un désir de se connecter l'un à l'autre, et "appuyons-nous" sur nos sentiments, car si les sentiments ne sont pas forcément le moteur du désir (et réciproquement) ils sont prompts à nous aider. Ils ne sont l'ennemi du désir quand ils sont là depuis longtemps. Au contraire, ils sont une partie de notre désir. Alors oui aux déclarations d'amour et à la communication, car si je ne te désire plus mais que je t'aime, et que je le dis, les inquiétudes peuvent rebondir et s'envoler, et alors le désir reprendre sa place… dans le couple.

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